Compte-rendu de la réunion du 31 octobre 1963

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OUVROIR DE
LITTERATURE
POTENTIELLE

Circulaire n°39

COMPTE-RENDU DU 31 OCTOBRE 1963

PRESENTS : Lescure, Le Lionnais, Latis, Queval/2, Queneau, Duchateau, Arnaud.

ABSENTS : Queval/2, Berge, Bens, Schmidt.

INVITE (au dessert) : L’esclave Leclech.

PRESIDENT : BLAVIER.

En attendant l’arrivée de Blavier, quelques idées générales sont échangées.

QUENEAU : « J’ai reçu une lettre d’admiratrice ».

LE LIONNAIS : Un sot trouve toujours un puceau qui l’admire.

QUENEAU : « Dans la lettre on me dit que je suis mort. La lettre était accompagnée d’un bouquet de chrysanthèmes.

LESCURE : « Tu les as reçus » ?

QUENEAU : Tu as un jardin ?

LESCURE : Oui.

QUENEAU : C’est toi, c’est lui, les chrysanthèmes venaient d’un jardin.

LESCURE (lisant la lettre) : D’après l’écriture ce serait… (censuré).

LATIS : Je vais vous donner une définition de la philosophie.

BENS : Ah, enfin.

Quelques voix (charitables) : Artung, artung.

LATIS : Je vous ai compris (voir compte-rendu n°28  ).

Arrivée de Blavier. On passe aux choses sérieuses.

LESCURE : T’es Président.

BLAVIER : J’apporte des tartes.

LE LIONNAIS : Voici l’ordre du jour.

BLAVIER : J’ai apporté des tartes.

LESCURE : Président, présidez.

BLAVIER : Je donne la parole à Queneau (il l’a demandée).

QUENEAU : …

LESCURE : Articule.

LE LIONNAIS : C’est vert, mais juste.

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        QUENEAU : J’ai fait le répertoire des travaux de l’OuLiPo.

        (Voir Annexe I  )

        QUENEAU : Grassassa on peut se mettre au lexique oulipien.

        LE LIONNAIS : Comme dans les grandes entreprises : un inventaire permanent. On demandera à un esclave d’établir une fiche pour chaque chose et vice versa. Il faudra deux sortes de fiches :

        1. description des structures ;
        2. les exemples.

        Une voix : deux couleurs : ultra-violet et infra-rouge.

        LE LIONNAIS : Pour la classification Berge a des idées et moi les miennes. C’est pas toujours les mêmes. Je propose une commission : Queneau, Berge et moi.

        LESCURE : De cet inventaire il ressort qu’il y a ceux qui travaillent et les autres.

        QUENEAU : J’ai pas mis de noms aux différentes contributions.

        BLAVIER : La parole à Queneau.

        QUENEAU : Je la garde ou je la prends ?

        BLAVIER : Vous n’avez plus la parole.

        QUENEAU : Je suis allé l’autre jour au séminaire de linguistique quantitative et là Mr. Hérauld m’a dit que le nombre de mots qui composent un alexandrin se retrouve avec constance chez un auteur pour un poème donné. Il existe des alexandrins de trois mots chez Molière. Cette répartition des mots, il pourrait être intéressant de la modifier. Je pense que d’une manière générale on pourrait dire que nous aurions deux catégories de travaux à envisager :

        1. modifier ce dont l’auteur n’est pas conscient ;
        2. ce dont il est conscient.

        Il s’agit-là de deux perspectives différentes.

        Quelques minutes de méditations, puis Lescure, ayant à faire face à une « attaque » Castelo-bensif au cours de laquelle il est accusé d’avoir fait venir J. Bens à Paris huit jours trop tôt, raison de l’absence du dit Bens, Lescure contre-attaque grâce à l’appui de Le Lionnais, se fait applaudir pour le recrutement de l’esclave Michel Bernard et profitant de son avantage entreprend de nous lire Stéphane Lupasco : quelques commentaires (divers) : Queneau : Lupisco presque OuLiPo.

        LE LIONNAIS : C’est du S + 7 mais une fois décodé.

        QUENEAU : Deco ?

        LE LIONNAIS : Dé.

        Tous : Ah ! bon.

        QUENEAU : Lipo naïve.

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              ARNAUD : Ou rituelle.

              LATIS : Potentialité de la tautologie.

              BLAVIER : La parole à Arnaud.

              ARNAUD : Je veux parler d’un génie Alexandre Flan

              LE LIONNAIS : On en est comme deux ronds…

              ARNAUD : Il s’agit de rimes alphabétiques : chaque lettre est considérée comme une rime.

              (Voir Annexe II  )

              LATIS : Remarquez qu’Arnaud est un spécialiste de l’alphabétique.

              QUENEAU : Et Lescure de la naïveté.

              BLAVIER : La parole à Queneau pour l’honneur de l’OuLiPo et de la France réunis.

              QUENEAU : Philippot dans Critique, page 880 – Octobre 1963 – n°197, écrit à propos d’Algol et de Fortran : ces « jargons »… pourraient aussi être, et très bien pour peu qu’on le veuille, les véhicules d’une expression poétique ». Il semble bien que Philippot à Cerisy eut l’occasion d’avoir une vue d’ensemble de ce qu’il avait pu entrevoir lors du déjeuner où nous les conviâmes en ce qui concerne nos « intentions et travaux ». La France est humiliée à Stuttgart : ils peuvent, à Stuttgart, faire tous les travaux qu’ils veulent avec des machines. Ainsi ils donnent à la machine du vocabulaire de Kafka et ils obtiennent du Kafka. Ce qui tendrait à prouver que la syntaxe n’est rien puisqu’ils ne donnent que le vocabulaire.

              LATIS : Ca prouverait aussi que Kafka était juif : en hébreu la syntaxe n’a pas d’importance.

              QUENEAU : L’ennui c’est que Max Bense choisit lui-même les phrases parmi celles qui sortent de la machine. Alors, alors…

              LATIS : Donc ça ne prouverait pas qu’il était juif.

              DUCHATEAU : Ca ne prouve pas qu’il ne l’était pas.

              LE LIONNAIS : A propos de Bense : j’ai vu à la Biennale de Paris un film que son fils a fait d’après une idée de son père. Il a pris une phrase de Hegel dans laquelle Jetzt revient souvent (et qui fournit le titre du film). Les mots de cette phrase il en a compté les syllabes et à chaque mot, il a fait correspondre un plan dont la longueur est proportionnée au nombre de syllabes. Bien sûr le sens des mots n’a aucune importance. L’histoire du film est inventée par l’auteur : il s’agit d’une fille qui a rendez-vous avec un garçon, et un tramway écrase le garçon. Ce qui est intéressant c’est d’établir entre la structure d’un texte et celle d’un film une correspondance

              ARNAUD : … de métro.

              LESCURE : Non de tramway.

              Serveuse : Et comme dessert ?

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                    BLAVIER : On a des tartes.

                    Serveuse : Vous voulez des tartes ?

                    BLAVIER : Non, on les a apportées.

                    LESCURE : Ca vient du Japon.

                    Serveuse : Vous voulez qu’on vous les coupe ?

                    LESCURE : Si c’était possible.

                    Serveuse : On va vous les couper.

                    LECLECH’ (qui vient d’arriver) : Mais…

                    Serveuse : Ne craignez rien on vous les rendra intactes.

                    Quelques instants plus tard.

                    LESCURE : C’est bon.

                    BLAVIER : C’est lourd.

                    ARNAUD : C’est ce que voulait Queneau.

                    LECLECH’ : C’est facile à passer à la douane.

                    BLAVIER : Oui : si ça vous plaît j’en ai une troisième dans ma valise.

                    QUEVAL (car il est là) : Je demande la parole.

                    BLAVIER : Vous l’avez.

                    QUEVAL : J’ai trouvé une solution à toutes nos difficultés concernant la rime.

                    QUENEAU : A propos, l’antirime c’est négatif, absolument, j’ai essayé.

                    QUEVAL : Avec le sonnet asiate tout est positif. La longueur du vers d’un sonnet, on peut la réduire. On peut la réduire tant et si bien que l’on finira par arriver au sonnet asiate qui devra son nom au sens vertical de sa lecture. Comme vous pouvez le constater facilement mille avantages : l’équivalence entre la post-rime et l’antérime, le problème de la redondance, la structure des mots croisés

                    Une grande minute d’un très relatif silence de stupeur admirative.

                    QUENEAU (avec difficulté et conviction) : C’est une des grandes émotions de ma vie.

                    ARNAUD : Vous avez essayé ?

                    QUEVAL : J’ai plusieurs sonnets asiates.

                    LE LIONNAIS : Donnez un exemple abstrait.

                    QUEVAL : Je ne donne jamais d’exemple d’abstrait.

                    LE LIONNAIS : Il nous cache une défaite.

                    LATIS : Il nous dame le pion, oui.

                    LE LIONNAIS : Qu’est-ce que ça veut dire un sonnet en mots croisés ?

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                          LATIS : On peut avoir la même ligne horizontale et perpendiculaire.

                          QUEVAL : Ca simplifie.

                          LATIS : Il faut un sens dans tous les sens…

                          BLAVIER : … même en diagonale…

                          LE LIONNAIS : Je crains que vous ne vous écartiez du sonnet.

                          LESCURE : Le Christ qu’est-ce qui fait là-haut : des mots croisés.

                          QUENEAU : Sept siècles avant Jésus-Christ.

                          LESCURE : Oui ?

                          QUENEAU : Aleman a inventé musiques et paroles selon ce qu’il a appris du langage parlé par la voix des perdrix.

                          LATIS : Il y a aussi Rambuteau parmi les prépotentiels. Mérimée dans sa correspondance t IV rapporte que le préfet de la Seine Rambuteau s’était rendu célèbre par ses cuirs involontaires. Ainsi à sa femme prévenue qu’il rentrerait peut-être un peu tard car il devait voir un ingénieur pour une histoire de chauffage, il avait envoyé le billet suivant :

                          « Mon rat mon heure est venue. Adieu. »

                          Madame Rambuteau a cru qu’il allait se suicider.

                          Avant de lever la séance, différentes questions administratives sont traitées :

                          1. le tricentenaire : on aura droit de se payer 2 Kirs, on envisagera l’édition des comptes-rendus. On invitera des esclaves et J. Ferry.
                          2. Blavier va publier le « Cerisy », et nous fait part du Christian Beck à Verviers en octobre 64 ou printemps 65.
                          3. Queneau a commandé 5 exemplaires du Verbeek.
                          4. Le Lionnais fera une grande déclaration sur : Fonction et application, injection, surjection, bijection.

                          Prochaine réunion ex-basque 29 novembre 1963, 12h30.

                          Pour le nouveau SP :

                          Louis Moigret.

                          Texte

                          OUVROIR DE
                          LITTERATURE
                          POTENTIELLE

                          Circulaire n°39

                          COMPTE-RENDU DU 31 OCTOBRE 1963

                          PRESENTS : Lescure, Le Lionnais, Latis, Queval/2, Queneau, Duchateau, Arnaud.

                          ABSENTS : Queval/2, Berge, Bens, Schmidt.

                          INVITE (au dessert) : L’esclave Leclech.

                          PRESIDENT : BLAVIER.

                          En attendant l’arrivée de Blavier, quelques idées générales sont échangées.

                          QUENEAU : « J’ai reçu une lettre d’admiratrice ».

                          LE LIONNAIS : Un sot trouve toujours un puceau qui l’admire.

                          QUENEAU : « Dans la lettre on me dit que je suis mort. La lettre était accompagnée d’un bouquet de chrysanthèmes.

                          LESCURE : « Tu les as reçus » ?

                          QUENEAU : Tu as un jardin ?

                          LESCURE : Oui.

                          QUENEAU : C’est toi, c’est lui, les chrysanthèmes venaient d’un jardin.

                          LESCURE (lisant la lettre) : D’après l’écriture ce serait… (censuré).

                          LATIS : Je vais vous donner une définition de la philosophie.

                          BENS : Ah, enfin.

                          Quelques voix (charitables) : Artung, artung.

                          LATIS : Je vous ai compris (voir compte-rendu n°28  ).

                          Arrivée de Blavier. On passe aux choses sérieuses.

                          LESCURE : T’es Président.

                          BLAVIER : J’apporte des tartes.

                          LE LIONNAIS : Voici l’ordre du jour.

                          BLAVIER : J’ai apporté des tartes.

                          LESCURE : Président, présidez.

                          BLAVIER : Je donne la parole à Queneau (il l’a demandée).

                          QUENEAU : …

                          LESCURE : Articule.

                          LE LIONNAIS : C’est vert, mais juste.

                          QUENEAU : J’ai fait le répertoire des travaux de l’OuLiPo.

                          (Voir Annexe I  )

                          QUENEAU : Grassassa on peut se mettre au lexique oulipien.

                          LE LIONNAIS : Comme dans les grandes entreprises : un inventaire permanent. On demandera à un esclave d’établir une fiche pour chaque chose et vice versa. Il faudra deux sortes de fiches :

                          1. description des structures ;
                          2. les exemples.

                          Une voix : deux couleurs : ultra-violet et infra-rouge.

                          LE LIONNAIS : Pour la classification Berge a des idées et moi les miennes. C’est pas toujours les mêmes. Je propose une commission : Queneau, Berge et moi.

                          LESCURE : De cet inventaire il ressort qu’il y a ceux qui travaillent et les autres.

                          QUENEAU : J’ai pas mis de noms aux différentes contributions.

                          BLAVIER : La parole à Queneau.

                          QUENEAU : Je la garde ou je la prends ?

                          BLAVIER : Vous n’avez plus la parole.

                          QUENEAU : Je suis allé l’autre jour au séminaire de linguistique quantitative et là Mr. Hérauld m’a dit que le nombre de mots qui composent un alexandrin se retrouve avec constance chez un auteur pour un poème donné. Il existe des alexandrins de trois mots chez Molière. Cette répartition des mots, il pourrait être intéressant de la modifier. Je pense que d’une manière générale on pourrait dire que nous aurions deux catégories de travaux à envisager :

                          1. modifier ce dont l’auteur n’est pas conscient ;
                          2. ce dont il est conscient.

                          Il s’agit-là de deux perspectives différentes.

                          Quelques minutes de méditations, puis Lescure, ayant à faire face à une « attaque » Castelo-bensif au cours de laquelle il est accusé d’avoir fait venir J. Bens à Paris huit jours trop tôt, raison de l’absence du dit Bens, Lescure contre-attaque grâce à l’appui de Le Lionnais, se fait applaudir pour le recrutement de l’esclave Michel Bernard et profitant de son avantage entreprend de nous lire Stéphane Lupasco : quelques commentaires (divers) : Queneau : Lupisco presque OuLiPo.

                          LE LIONNAIS : C’est du S + 7 mais une fois décodé.

                          QUENEAU : Deco ?

                          LE LIONNAIS : Dé.

                          Tous : Ah ! bon.

                          QUENEAU : Lipo naïve.

                          ARNAUD : Ou rituelle.

                          LATIS : Potentialité de la tautologie.

                          BLAVIER : La parole à Arnaud.

                          ARNAUD : Je veux parler d’un génie Alexandre Flan

                          LE LIONNAIS : On en est comme deux ronds…

                          ARNAUD : Il s’agit de rimes alphabétiques : chaque lettre est considérée comme une rime.

                          (Voir Annexe II  )

                          LATIS : Remarquez qu’Arnaud est un spécialiste de l’alphabétique.

                          QUENEAU : Et Lescure de la naïveté.

                          BLAVIER : La parole à Queneau pour l’honneur de l’OuLiPo et de la France réunis.

                          QUENEAU : Philippot dans Critique, page 880 – Octobre 1963 – n°197, écrit à propos d’Algol et de Fortran : ces « jargons »… pourraient aussi être, et très bien pour peu qu’on le veuille, les véhicules d’une expression poétique ». Il semble bien que Philippot à Cerisy eut l’occasion d’avoir une vue d’ensemble de ce qu’il avait pu entrevoir lors du déjeuner où nous les conviâmes en ce qui concerne nos « intentions et travaux ». La France est humiliée à Stuttgart : ils peuvent, à Stuttgart, faire tous les travaux qu’ils veulent avec des machines. Ainsi ils donnent à la machine du vocabulaire de Kafka et ils obtiennent du Kafka. Ce qui tendrait à prouver que la syntaxe n’est rien puisqu’ils ne donnent que le vocabulaire.

                          LATIS : Ca prouverait aussi que Kafka était juif : en hébreu la syntaxe n’a pas d’importance.

                          QUENEAU : L’ennui c’est que Max Bense choisit lui-même les phrases parmi celles qui sortent de la machine. Alors, alors…

                          LATIS : Donc ça ne prouverait pas qu’il était juif.

                          DUCHATEAU : Ca ne prouve pas qu’il ne l’était pas.

                          LE LIONNAIS : A propos de Bense : j’ai vu à la Biennale de Paris un film que son fils a fait d’après une idée de son père. Il a pris une phrase de Hegel dans laquelle Jetzt revient souvent (et qui fournit le titre du film). Les mots de cette phrase il en a compté les syllabes et à chaque mot, il a fait correspondre un plan dont la longueur est proportionnée au nombre de syllabes. Bien sûr le sens des mots n’a aucune importance. L’histoire du film est inventée par l’auteur : il s’agit d’une fille qui a rendez-vous avec un garçon, et un tramway écrase le garçon. Ce qui est intéressant c’est d’établir entre la structure d’un texte et celle d’un film une correspondance

                          ARNAUD : … de métro.

                          LESCURE : Non de tramway.

                          Serveuse : Et comme dessert ?

                          BLAVIER : On a des tartes.

                          Serveuse : Vous voulez des tartes ?

                          BLAVIER : Non, on les a apportées.

                          LESCURE : Ca vient du Japon.

                          Serveuse : Vous voulez qu’on vous les coupe ?

                          LESCURE : Si c’était possible.

                          Serveuse : On va vous les couper.

                          LECLECH’ (qui vient d’arriver) : Mais…

                          Serveuse : Ne craignez rien on vous les rendra intactes.

                          Quelques instants plus tard.

                          LESCURE : C’est bon.

                          BLAVIER : C’est lourd.

                          ARNAUD : C’est ce que voulait Queneau.

                          LECLECH’ : C’est facile à passer à la douane.

                          BLAVIER : Oui : si ça vous plaît j’en ai une troisième dans ma valise.

                          QUEVAL (car il est là) : Je demande la parole.

                          BLAVIER : Vous l’avez.

                          QUEVAL : J’ai trouvé une solution à toutes nos difficultés concernant la rime.

                          QUENEAU : A propos, l’antirime c’est négatif, absolument, j’ai essayé.

                          QUEVAL : Avec le sonnet asiate tout est positif. La longueur du vers d’un sonnet, on peut la réduire. On peut la réduire tant et si bien que l’on finira par arriver au sonnet asiate qui devra son nom au sens vertical de sa lecture. Comme vous pouvez le constater facilement mille avantages : l’équivalence entre la post-rime et l’antérime, le problème de la redondance, la structure des mots croisés

                          Une grande minute d’un très relatif silence de stupeur admirative.

                          QUENEAU (avec difficulté et conviction) : C’est une des grandes émotions de ma vie.

                          ARNAUD : Vous avez essayé ?

                          QUEVAL : J’ai plusieurs sonnets asiates.

                          LE LIONNAIS : Donnez un exemple abstrait.

                          QUEVAL : Je ne donne jamais d’exemple d’abstrait.

                          LE LIONNAIS : Il nous cache une défaite.

                          LATIS : Il nous dame le pion, oui.

                          LE LIONNAIS : Qu’est-ce que ça veut dire un sonnet en mots croisés ?

                          LATIS : On peut avoir la même ligne horizontale et perpendiculaire.

                          QUEVAL : Ca simplifie.

                          LATIS : Il faut un sens dans tous les sens…

                          BLAVIER : … même en diagonale…

                          LE LIONNAIS : Je crains que vous ne vous écartiez du sonnet.

                          LESCURE : Le Christ qu’est-ce qui fait là-haut : des mots croisés.

                          QUENEAU : Sept siècles avant Jésus-Christ.

                          LESCURE : Oui ?

                          QUENEAU : Aleman a inventé musiques et paroles selon ce qu’il a appris du langage parlé par la voix des perdrix.

                          LATIS : Il y a aussi Rambuteau parmi les prépotentiels. Mérimée dans sa correspondance t IV rapporte que le préfet de la Seine Rambuteau s’était rendu célèbre par ses cuirs involontaires. Ainsi à sa femme prévenue qu’il rentrerait peut-être un peu tard car il devait voir un ingénieur pour une histoire de chauffage, il avait envoyé le billet suivant :

                          « Mon rat mon heure est venue. Adieu. »

                          Madame Rambuteau a cru qu’il allait se suicider.

                          Avant de lever la séance, différentes questions administratives sont traitées :

                          1. le tricentenaire : on aura droit de se payer 2 Kirs, on envisagera l’édition des comptes-rendus. On invitera des esclaves et J. Ferry.
                          2. Blavier va publier le « Cerisy », et nous fait part du Christian Beck à Verviers en octobre 64 ou printemps 65.
                          3. Queneau a commandé 5 exemplaires du Verbeek.
                          4. Le Lionnais fera une grande déclaration sur : Fonction et application, injection, surjection, bijection.

                          Prochaine réunion ex-basque 29 novembre 1963, 12h30.

                          Pour le nouveau SP :

                          Louis Moigret.

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